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MISSION A RANGLA AVEC HELPING HANDS

 

En apprenant le terrible tremblement de terre, très vite l'idée de nous rendre utile nous trotte dans la tête. Nous en discutons avec d'autres voyageurs au long cours, notamment Martin et Ursula avec qui nous voyageons depuis 15 jours. Mais comment faire ? Récolter des fonds depuis l'Europe ? Aider une ONG (Organisation Non Gouvernementale), ou plus simplement, acheter des couvertures ou des tentes, et les déposer dans l'un des nombreux points de collecte ? Nous sommes dans un pays musulman et l'aide aux plus démunis reste un devoir. Par le biais d'Annie, une anglaise arrivant d'Irak et en route pour l'Inde, nous faisons la connaissance d'HELPING HANDS qui accepte des volontaires pour aller établir un camp de base à BAGH. BAGH a été complètement dévastée et les ONG internationales ne sont pas encore arrivées dans ces contrées reculées. La décision se prend en une soirée. Isabelle reste à Islamabad avec les enfants et je pars avec Annie, Ursula et Martin comme volontaire pour HELPING HANDS. L'objectif est d'établir un camp de base assurant la distribution de tentes, de couvertures et de nourriture et de créer un centre médical. Dans ce camp des familles sans toit pourront également trouver refuge.

 

 

Aujourd'hui vendredi, 6 jours après le tremblement de terre, un convoi se prépare devant le bureau d'HELPING HANDS à Islamabad.

 

J1, 11h "pakistanaise" (c'est à dire 17 h !): le convoi démarre d'Islamabad en direction de Bagh à 250 kms, 5 à 7 heures de route annoncées. Deux camions remplis de marchandises, deux 4x4, deux minibus et une voiture de presse forment le convoi. Le tout sous couvert de l'armée. Nous sommes 36 personnes, le soleil tombe et 15 mns plus tard, c'est l'arrêt pour la prière.

A la sortie d'Islamabad, nouvel arrêt pour faire le plein d'essence et manger un minimum. En cette période de ramadan, au coucher du soleil l'appel du ventre se fait sérieusement ressentir.

J1, 18h30 :  nous reprenons la route jusqu'au restaurant situé à 50 kms. Le convoi roule à 40 - 60 kms/h.

J1, 20h : nouvel arrêt pour le dîner ! Omar, le responsable du groupe avec qui nous avons un échange pendant le dîner ne nous paraît pas maîtriser franchement la situation. Les réponses à nos questions sont tout sauf précises.

J1, 21h : le convoi reprend la route dans les montagnes à une moyenne de 20 - 30 Kms/h. Je m'assoupis quand soudain un bruit d'éclats de verre me réveille en sursaut.

J1, 22h30 : le convoi est stoppé car nos 2 camions se sont rentrés dedans ! Le pare-brise a volé en éclats, le camion mesure quelques centimètres de moins et la boîte de vitesse est bloquée. Ici, on appelle cela un léger accrochage. Laissant le camion sur le bas-côté en attendant de trouver une solution, nous continuons notre route jusqu'au prochain village. Ce village est à la frontière entre le Pakistan et la province du Cachemire. Province indépendante du Pakistan où seules l'armée et la police sont communes aux 2 territoires. A l'entrée du Cachemire un panneau indique "foreigners are not allowed without a special authorisation" (les étrangers ne sont pas admis sans autorisation spéciale). Nous, les 4 touristes voyageurs, n'avons même pas nos passeports restés à l'ambassade de l'Inde pour la demande de visa !

J1, 1 h : autour d'un thé, le verdict tombe, la boîte de vitesse du camion accidenté est hors d'usage. Omar décide de stopper notre progression, il nous reste à priori 3 à 4 h "pakistanaises" de route.

J2, 8h : après une courte nuit dans un bâtiment de l'armée, nous reprenons la route. Les conséquences du tremblement de terre sont tout de suite visibles. Des rochers de la taille d'un camion sont sur la route et les glissements de terrain sont fréquents. Le ciel est gris, menaçant et l'orage finit par éclater. La pluie ralentit à nouveau notre progression qui se fait sur une route cahoteuse, boueuse et où les rochers tombés de la montagne sont plus fréquents que les bornes kilométriques. Le moral n’est pas au plus haut. Le convoi est à nouveau arrêté par un énorme bouchon. Un glissement de terrain bloque la route à quelques kilomètres.

Des montagnards sont venus sur le bord de la route pour essayer de récupérer des tentes ou des couvertures. Le responsable de notre groupe refuse de donner 2 tentes à deux jeunes garçons qui nous expliquent qu’ils n’ont plus de maison et qu’ils ont perdu plusieurs membres de leurs famille. Ce témoignage nous plonge dans la réalité de ce drame. Nous sommes en total désaccord avec Omar notre responsable !

Les maisons sont en partie effondrées et les premiers signes d'aide humanitaire sont visibles. Des sacs de vêtements gisent sur le bord de la route, ce n'est visiblement pas de vêtements dont les gens ont besoin.

La journée du samedi n'est qu'une lente progression vers BAGH sur une route en mauvais état avec un trafic augmenté par les camions d'aide humanitaire.

Nos premières impressions sur l'incapacité d'Omar à manager une opération de cette envergure se confirme. Pendant un moment, il est même question de faire demi-tour. Nous percevons de plus en plus l'ampleur du désastre, la totalité des maisons sont en partie écroulées ou se résument à un amas de terre et de boue. J2, 17h : nous sommes à 1h de la ville de BAGH dans un camp militaire. Après le dîner, nous allons voir la ville. Cette visite se révèle terrible par l'intensité du désastre. Par moments, les odeurs nous rappellent que les 10000 personnes (chiffre de l'armée) qui ont péri ici, ne sont pas toutes enterrées. Nous sommes tous très renfermés sur nous même sans pouvoir exprimer ce que nous ressentons. Heureusement, un caméraman Anglais, Mike, ayant couvert de nombreuses guerres ou catastrophes arrive à détendre l’atmosphère.  

J3 7h : nous faisons route vers Rangla. L'armée nous a aiguillés vers ce village pour établir notre camp de base. Huit jours après le tremblement de terre,  les  20 à 30000 habitants du village n'ont toujours reçu aucune aide.

 

J3 11h :nous arrivons enfin après 40 heures de voyage difficile. Les visages sont fermés et le toit de chaque maison touche le sol. Devant ce spectacle de désolation nous nous activons pour monter les premières tentes. La pluie vient à nouveau ralentir notre travail et transforme le terrain en un vaste champ de boue. Le soir, 10 tentes sont sur pied et les camions déchargés. Autour du feu, une discussion s’établit pour que le management donne des consignes claires afin d'optimiser le temps et l’aide aux villageois. En réponse, chaque phrase comporte 3 « INCHALLAH » (si dieu le veut) ! Nous sommes convaincus qu’il nous faut des personnes d’expérience  et plus compétentes pour mener à bien cette opération d’urgence.

Durant la nuit, un groupe de 10 médecins arrive d’ISLAMABAD pour apporter les premiers soins. Le lendemain matin chacun s’active à une tâche : montage de tente, comptage des marchandises, déblaiement de la route, et mise en place d’une zone médicale.

La population reste toujours un peu en retrait et seules quelques familles demandent des couvertures, des médicaments ou tout simplement le poste de secours. Un père de famille me montre le bras fracturé de sa petite fille de 3 ans, un autre la main coupée de son fils de 10 ans, 4 hommes portent un lit avec un vieillard sous des couvertures... Ici, 90% des maisons sont effondrées, 500 personnes environ ont péri et plus de 3000 personnes ont besoin de soins médicaux.

Les besoins sont simples : des tentes pour procurer des toits avant que la neige arrive, des couvertures et de l’aide médicale. La nourriture ne fait pas partie des urgences, les vêtements encore moins. Le climat ici est rude avec des températures de -20°c, le village est sous la neige pendant quatre mois et très exposé au vent glacial.

L’organisation du camp se fait très lentement et la sécurité  est menacée par des villageois désespérés. Les vols sont redoutés !

En soirée, un nouveau camion arrive  avec des tentes et des couvertures. La distribution se fait de façon anarchique. La population s’énerve et c’est l’affolement. L’armée parvient difficilement à rétablir le calme. Face à ce chaos, nous décidons de rentrer sur Islamabad le lendemain car notre sécurité  est menacée.

 

J3, 21h : le commandant de l'armée arrive avec 5 personnes Anglaises pour manager l’opération. Ce "commando" très professionnel et pragmatique dit pouvoir mettre en place toute l’organisation du camp en 24h. Nous changeons d’avis  et resterons le lendemain pour finir d’établir ce camp.

Nous travaillons une partie de la nuit pour préparer et organiser les travaux du lendemain.

J4 : En une demi- journée le camp est pratiquement terminé mais la coordination  manque encore pour que le camp soit complètement opérationnel.

L’aide médicale, renforcée par 9 médecins supplémentaires, fonctionne mais sature. La file d’attente, pour les soins et les prescriptions de médicaments, s’allonge.

En milieu d’après midi, environ 1000 personnes sont sur le camp pour y recevoir des soins, des vivres ou des couvertures.

J4, 16h : nous décidons de rentrer sur Islamabad sans répondre à la question : Allons nous revenir ?

Nous repartons le cœur serré, avec le sentiment de ne pas avoir terminé cette tâche immense, et un sérieux doute sur la pérennité du fonctionnement dans les semaines à venir. Il manque seulement une bonne coordination entre l’armée, véritablement efficace, le médecin du village élu démocratiquement comme responsable de l’opération et les villageois prêts à coopérer mais tout aussi prêts à piller si l’organisation se montre déficiente. En revanche, l’argent ne manque pas et les camions envoyés d’ ISLAMABAD par HELPING HANDS continuent d’arriver.

Le poids de la religion et la culture plutôt fataliste de cette région n’amène pas véritablement les gens à se prendre en charge, ils attendent plutôt une aide venant de l’extérieur et prient ALLAH…

Nous avons fait la connaissance d’un groupe de copains venus de KARACHI comme volontaires, ils ont laissé famille et travail pendant une semaine. Ce « KARACHI TEAM » avec qui nous avons rapidement établit des liens amicaux s’est particulièrement montré efficace.

Après avoir discuté avec Isabelle d’un possible retour à RANGLA pour une mission plus longue, les conditions d’isolement (plus de route pendant les trois mois d’hiver), le climat avec les enfants et la sécurité nous ont amené à décider de continuer notre route vers l’ Inde.

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