Nous entrons au
Pakistan après 4 mois et demi de voyage et 13000 kms depuis la
France. Nous nous sentons bien et les enfants ne montrent aucun
signe de lassitude. Bien au contraire, ils ont de l’énergie,
semblent très épanouis et ils sont maintenant habitués à l’heure
quotidienne d’école. Topette, lui, est toujours un fidèle compagnon
de route.
A notre entrée au
Pakistan, le 1er octobre, bonne nouvelle, nous apprenons que
la date limite du 18 octobre figurant sur notre visa correspond à la
date limite d'entrée dans le pays et non pas à la date limite de
sortie comme on nous l'avait dit en France. On espère avoir la même
version à la sortie, sinon c'est la prison directe ! Nous avons donc 30 jours devant
nous pour visiter le Pakistan et une montée vers la célèbre
Karakoram Highway est désormais envisageable.
Dès l’entrée au Pakistan nous
nous trouvons nez à nez avec un de ces magnifiques camions,
véritables
oeuvres d’art. Titouan est en admiration et réussit à se
mettre au volant d’une de ces formidables machines.
La route
Taftan-Quetta, 650 kms, est celle que nous redoutons le plus. Nous
sommes au cœur du désert du Baloutchistan où les tribus fonctionnent
selon leurs propres lois. Après une nuit à Taftan sur le parking
d'un hôtel peu avenant mais avec un garde armé, nous prenons la route aux aurores avec
l’espoir d’atteindre Quetta le soir même. Sur cette route, dunes de
sable, désert de pierres et montagnes arides se succèdent. Il nous
faut parfois ralentir pour laisser passer un groupe de chameaux pas
pressés !
Même en plein désert, il faut vite se
mettre à la conduite Pakistanaise car les camions sont nombreux et
la route est souvent étroite. Si il y a bien une chose qu’il fut judicieux d’installer
sur Topette, c’est un klaxon puissant. Je retrouve les méthodes de
conduite indiennes, le jeu consiste à rester bien au milieu de la
route, faire des appels de phares et se ranger (sur la gauche ici) le plus tard possible.
Cette "technique d'intimidation" évite de rouler en permanence sur
les bas côtés fatals pour les pneus. Nous
nous relayons avec Martin pour ouvrir la route. Notre progression est
honorable et nous arrivons à Quetta vers 19 h, exténués et Topette
avec quelques placards à renforcer. Il nous faut faire encore un
petit effort pour éviter les vélos, les mules, les motos, les
camions, les bus et les piétons de nuit.
Quetta est une ville très conservatrice, sur les 650 kms, nous n'avons vu que 2 femmes ! Nous ne
sommes plus en Iran mais le port du voile s'impose de lui même.
Titouan et Jade découvrent
les richshaws, pour eux c'est encore mieux qu'un tour de
manège ! Debout à l'arrière, accrochés aux barreaux, ils se
prennent pour les pilotes !!!
Pour rejoindre Islamabad, trois routes s’offrent à nous. La route nord
est impraticable et fortement déconseillée pour des questions de
sécurité. La route centrale est la plus courte mais n’
existe, à priori, que sur la carte. Prendre cette option revient à
infliger de très dures conditions de route à Topette. Nous prenons donc
l’option sud. 1450 Kms nous attendent mais nous ne serons pas
seuls…
La première
journée, nous progressons doucement mais sans problème
particulier. Le spectacle de la route se suffit à lui même. Chaque
heure qui passe nous offre une situation rocambolesque souvent liée à
la circulation et au transport de marchandises ! Motorisé ou non d’ailleurs.
A la tombée de la nuit, nous nous arrêtons à
un poste de police pour dormir. Après avoir parlementé
pendant 1 heure avec des policiers ayant probablement trop fumé la
ganja, nous décidons de rester là. Le lendemain matin, au moment de partir, les
policiers nous font signe d’attendre. Jade et Titouan dorment
toujours et nous n'avons pas du tout envie qu'ils se réveillent,
donc nous filons. Deux heures après nous sommes suivis par une
voiture de police qui nous double et qui nous fait comprendre de
rester derrière elle. Nous comprenons à ce moment que nous sommes
sous escorte policière.
Chaque 50 Kms le relais se fait avec
une nouvelle équipe et une nouvelle voiture. L’organisation est
parfaite et nous ne nous arrêtons même pas à chaque relais. On se
croirait dans un 4 fois 100m. Sur la route c’est digne d'un James Bond,
sirène retentissante, nous doublons tout le monde et ceux qui se trouvent sur notre
passage sont sommés de se ranger. Même si nous en rions souvent, cette attitude nous déplaît
fortement. Le soir nos policiers nous dirigent vers un hôtel
pour dormir en toute sécurité. Nos gardes veillent toujours sur
nous et surveillent nos faits et gestes toute la nuit.
Le lendemain
matin nous décidons de partir vers 6h. Nos compagnons de route sont
là, prêts à partir. La quatre voies qui doit nous mener à Multan
est à 5 Kms mais nos petits amis ont décidé d’emprunter les
chemins de traverse. Certes, on s’est
habitué aux routes défoncées mais nous ne pouvons pas laisser passer
l'occasion d'emprunter une des seules 4 voies du pays. Appels de
phares, klaxon, puis explications, rien n’y fait, ils continuent... Je commence à
m’énerver alors qu’il n’ est que 7h. Non mais ! En les
ignorant, je décide de faire demi-tour pour rejoindre la bonne route. Ils nous rattrapent,
nous redoublent,
visiblement furieux, mais ils se plient à nos désirs.
A Multan, nous trouvons
refuge dans le parc de la police, toujours eux, normal nous sommes
dans un pays dirigé par l’armée…. Charité bien ordonnée commence par
soi même, nous sommes dans un parc magnifique au coeur de la ville.
Un garde armé veillant sur nous, jour et nuit ! Nous avons quand
même pu négocier de nous promener seuls dans Multan ! Ursula étant
malade, nous décidons de rester une journée à nous reposer et à
jouer un peu avec les enfants. Depuis l'Iran, ils avalent les
kilomètres sans trop de problèmes mais la pause est bienvenue
pour tout le monde.
Au petit déjeuner
nous sentons Topette bouger comme si quelqu’un se balançait sur le
pare-choc. Les policiers sont sortis des bureaux, nous en déduisons que la terre a tremblé sans y prêter
plus d’attention et personne ne nous signifie quoi que se soit.
Titouan
et Jade sont très contents d'avoir des copains policiers mais de
notre côté, nous trouvons leur présence plutôt pesante. Nous tentons
une visite chez le grand chef de la police pour essayer de nous
débarrasser de cette présence policière 24h./24 . Il nous reçoit fort
aimablement, passe un coup de fil et nous précise que les ordres
viennent du gouvernement et que nous serons accompagnés jusqu’à
Islamabad. A la question, " comment se débarrasser d’eux?", il nous
répond en souriant, "vous les semez ". A bon entendeur, salut. Avec
Martin, nous décidons d’annoncer notre départ du lendemain pour 6h30
alors que nous voulons partir à 5h30. Le lendemain, 5h30, on file
discrètement devant notre pauvre garde qui tente en vain de nous
arrêter. Deux heures de liberté et soudain une voiture bleue
nous double à toute allure, 500m plus loin un barrage de police
nous attend. Nous sommes accueillis par quatre véhicules et une
quinzaine de policiers, sourire aux lèvres. "Où allez vous ?" demande
poliment le chef de cette force armée. "A Islamabad" réponds-je tout
aussi poliment avec un grand sourire. L’échange qui suit est des
plus courtois et nous continuons notre route avec toujours cette
satanée voiture bleue qui nous précède.
A notre arrivée a
Islamabad, nous sommes soulagés d’avoir terminé cette route
difficile sans aucun problème. Topette a montré une résistance
impressionnante. La révision ne lui fera pas de mal. Nous avons nous
aussi besoin de repos. Nous nous
dirigeons vers le camping de la ville qui est le point de passage de
pratiquement tous les voyageurs, motorisés ou à vélo, en route pour l’
Inde.
Nous retrouvons 3 français en vélo dont un couple de Vendéens (Isabelle se sent
prêt de chez papa et maman) et un groupe d’Espagnols
rencontrés en Turquie. Nous apprenons rapidement l’ampleur du
tremblement de terre. Nous nous empressons d'aller rassurer nos familles
qui nous savent au Pakistan. Nous prévenons l’ambassade de France
qui recense tous les Français présents dans
le pays.
Une question nous travaille rapidement : Que pouvons nous faire pour
aider après cette catastrophe?