C’est sûr, nous n’avons pas choisi le
meilleur moment pour arriver au Népal. Le contexte politique
Népalais est plus que tendu. Le pays est dirigé par le roi Gyanendra
qui a le pouvoir absolu et les Maoïstes appellent à un renversement
du régime depuis de nombreuses années en s’exprimant souvent par la
violence.
En avril dernier, les six partis
d’opposition et les Maoïstes ont signé un accord et appelé à une
grève générale de 4 jours qui s’est transformée en grève illimitée
devant le mutisme du roi. De nombreux magasins sont fermés et aucun
véhicule ne circule.
Nous sommes bloqués à la frontière
mais entrons quand même au Népal en espérant que la situation se
débloque. Si la situation devait se dégrader, nous avons obtenu de
l’administration indienne, après de longues palabres et avec l’aide
précieuse des enfants, de pouvoir revenir illégalement dans la
bourgade indienne frontalière.
Bairahawa, cité frontalière sans aucun
intérêt, offre un contraste saisissant avec l’Inde. C’est le calme
absolu, pas un bruit de moteur, tout le monde circule en vélo ou en
cyclo-pousse (grève oblige). Les coups de klaxons intempestifs sont
restés en Inde. Ça fait du bien !
Nous profitons de cette pause forcée
pour faire le nettoyage de printemps de Topette ! On s’occupe comme
on peut et quand le couvre-feu est levé nous allons nous
réapprovisionner dans les quelques magasins ouverts. Nous trouvons
l’essentiel mais après 2 semaines de grève, certains produits comme
le pain de mie et le lait frais deviennent introuvables et les prix
flambent. A Katmandou, le citron est passé de 1 à 8 roupies.
Après 1 semaine
d’attente, la situation semble totalement bloquée et nous nous
résignons à repartir en Inde sans visiter le Népal. Pour cela il
nous faut un nouveau visa indien que nous pouvons obtenir uniquement
à Katmandou. Benoît prend l’avion pour la capitale. Après un an de
vie de famille, la séparation est difficile.
A Katmandou,
Benoît passe ses journées à lire et à errer dans les rues désertes
mais les déplacements sont limités par l’armée. Les rencontres avec
d’autres routards dans la même situation sont nombreuses. C’est
comme ça que Benoît rencontre Charlotte qui a fait, comme nous,
l’IUT Tech de Co de St Nazaire. Déjeuner nostalgique en évoquant les
profs qui 10 ans après n’avaient guère changé…
( Quelques souvenirs pour certains d’entre vous :
Papi Gagnol et sa gauloise, Mamie Gagnol toujours à l’économie,
Cadic toujours debout sur les tables aux tonus et notre cher Robert
« Lacroix j’écoute » pour soit disant nous apprendre à vendre ! )
A Bairahawa, Jade et Titouan partagent
leur temps avec Pianca et les petits orphelins recueillis par sa
grand-mère. Les séances de henné, les parties de cache-cache et
autres jeux occupent leurs journées.
Pendant ce temps,
les manifestations, et la répression qui va avec, s’amplifient
partout dans le pays. La police n’hésite pas à tirer sur les
manifestants. Malheureusement les bilans officiels sont bien en
dessous de la réalité ! Tous les Népalais, d’ordinaire on ne peut
plus pacifistes, réclament plus de démocratie et montrent une
détermination sans faille.
Après 19 jours de
grève, à la veille d’une manifestation de plusieurs millions de
personnes, le roi abdique enfin. Il annonce la dissolution du
parlement et la constitution d’un nouveau gouvernement intégrant
tous les partis d’opposition et les Maoïstes.
Le lendemain,
Katmandou s’éveille dans la joie et la bonne humeur, klaxons,
défilés, sourires et chants sont autant de démonstrations de
victoire. Nous vivons un moment historique au Népal. Le roi
aujourd’hui n’a plus aucun pouvoir !
De notre côté,
nous nous décidons à rester dans le pays.