A l’approche du sud de l’Iran, les tribus nomades
sont plus nombreuses. Pour nous, rencontrer des nomades, c’est un
peu un rêve. Malgré les incitations à la sédentarisation, il reste
encore en Iran, près d’un demi million de nomades. Grâce à l’aide du
patron de l’unique hôtel de Chelgerd, nous trouvons un villageois
pouvant nous guider et nous introduire.
Nous nous enfonçons dans les montagnes, le bitume
laisse la place à une piste et petit à
petit les tentes se font de plus en plus
nombreuses. Nous sommes chez les nomades Bakhteyari. Autour des
tentes, on s'affaire, c'est la période de transhumance, le moment
est venu de tout empaqueter et de laver les tapis. Dans Topette
aussi, on s'affaire, les enfants sont très excités à l'idée de
partager un moment avec des nomades.
Après avoir trouvé une
famille qui accepte de nous accueillir pour la nuit, notre homme de Chelgerd nous laisse
et repart vers le village. Tout en
savourant le thé de bienvenue, nous échangeons quelques mots en
farsi et rapidement le langage des signes prend le relais. Le couple
qui nous accueille a 5 enfants, 2 d’entre eux (8 et 10 ans) sont
déjà partis vers le Khuzestan pour l’hivernage avec
les moutons, les chèvres, les chevaux et les mules.
Les enfants font cadeau de quelques-uns de leurs jouets, la moto de
police de Titouan remporte un véritable succès. La barrière de la
langue tombe rapidement pour laisser la place aux jeux. Titouan,
très heureux de pouvoir se promener seul dans ces grands espaces est
très vite surnommé "Bakhteyari" par le chef de famille !
Le
lendemain matin, les femmes sont curieuses de voir quel genre de
nomades nous sommes. Elles profitent de mon absence à la rivière
avec les enfants pour venir observer Isabelle par la portière.
Heureux de cette
expérience, nous filons vers le Baloutchistan, à l’intersection
de l’Iran, du Pakistan et de l’Afghanistan, région réputée pour les
trafics de drogue.
Nous avions prévu de passer cette zone avec
Martin et Ursula, rencontrés en Cappadoce. Grâce aux mails, nous les retrouvons
facilement à Kerman. Martin a déjà fait cette route en 2000 et sait
qu’il faut maintenant penser à faire le plein de gasoil. Compte tenu
du prix ridicule du gasoil et du trafic avec le Pakistan, l’essence
est de plus en plus rationnée à l’approche de la frontière. L’arrêt
à la pompe est une catastrophe, nous sommes obligés de prendre de
force le pistolet pour faire le plein des jerricans sur le toit.
Dans la précipitation, le gasoil coule à l’intérieur du camion par
le hublot situé au-dessus du lit de Titouan. Les jerricans en
plastique fuient pendant que nous roulons … Nous sommes quitte pour
un après-midi de lessive et un nouveau parfum d’ambiance pour
Topette pendant plusieurs jours ! Tout baigne … dans le gasoil.
Nous passons une nuit à Bam avant de regagner la
frontière. Bientôt 2 ans après le terrible tremblement de terre qui
a ravagé la ville et sa somptueuse citadelle, nous constatons que la
plupart des bâtiments sont toujours à terre comme si la catastrophe
avait eu lieu il n’y a pas si longtemps. L’atmosphère est pesante et
nous nous sentons mal à l’aise d’arriver juste pour une nuit dans
une ville encore très marquée par ce drame. Mais encore une fois,
l’hospitalité iranienne nous a vite montré que nous étions les
bienvenus.

Nous
reprenons la route tôt le matin, mais la chaleur
est vite insupportable, 35° à 7h, 39° à 8h30 et 45° à 9h30 ! Les
enfants souffrent beaucoup moins de la chaleur que nous et Topette
affiche une forme olympique. Seules, quelques transpirations nous
obligent à mettre le chauffage dans les côtes de montagne ! En
arrivant à la frontière, nos amis Suisses sont sommés de faire
demi-tour pour retourner à Zahedan, à 1h30 de route, afin de
redonner à la police leurs plaques d’immatriculation iraniennes. Nous avions eu la
bonne intuition de ne pas nous plier à cette démarche administrative
fortement recommandée mais pas obligatoire, et de traverser l’Iran
avec nos plaques françaises. Nous passons donc une nuit de plus en
Iran au poste frontière.
Nous quittons l’Iran totalement séduits par la
richesse culturelle et la beauté des monuments. Mais le plus
marquant restera sans aucun doute l’extraordinaire accueil des Iraniens. Quand on pense à tous les commentaires que
nous avons pu entendre sur l’Iran… nul doute qu’il vaut mieux
découvrir le monde de ses propres yeux !