Après des kilomètres d'étendues
désertiques, Ispahan, avec ses nombreux espaces verts, nous paraît
d'emblée très agréable. Nous voulons commencer par trouver un
bivouac, chose toujours délicate en ville. Nous trouvons un
emplacement idéal le long d'un parc à quelques pas de la grande
place de l'Imam.
Nous occupons notre première journée à
flâner sur cette place majestueuse. Pour pouvoir l'admirer
tranquillement, nous allons savourer un thé dans une chaykhaneh
(maison de thé) qui surplombe la place. A l'instar de nos bars, les maisons de thé en Iran
sont un lieu de rencontre, la décoration est toujours
très chargée et les hommes s'y retrouvent pour fumer la qalyan (pipe
à eau). Nous sommes face à la mosquée de l'Imam, une des plus belles
représentations de l'architecture persane, à notre gauche, la
mosquée Sheikh Lotfollah et à notre droite, le Palais Ali Qâpu. Nous
sommes émerveillés devant tant de beauté, les faïences sont d'une
extrême finesse. En fin de journée, la place s'illumine et les
familles iraniennes occupent tous les coins de pelouse pour
pique-niquer. Nous terminons la journée dans un restaurant qui nous
fait penser à un Palais sorti tout droit des mille et une nuits.
Rien ne vient gâcher ce bon moment, pas même l'addition... 2 euros
le plat ! Ispahan n'aura pas mis longtemps à conquérir nos coeurs.
Durant
les 5 jours qui suivent, nos journées se partagent entre visites et
rencontres. Nous sommes totalement sous le charme de cette ville.
Ponts, mosquées, palais, tout nous émerveille. Les enfants,
parfois un peu lassés par les visites, compensent par les rencontres
de copains et copines dans le parc. La barrière de la langue n'est
pas un problème pour jouer à cache-cache, jouer au foot ou faire des
dessins ...

Parmi nos nombreuses rencontres, celle
de Fakhredine et Hamide fut la plus marquante. Ils ont tous les deux
étudiés le français et ils le parlent très bien. Rencontrés sur
l'autoroute entre Téhéran et Kashan, nous les retrouvons une semaine
plus tard dans leur ville, le soir de l'anniversaire de l'imam 12.
Pour nous rendre chez eux, nous traversons la ville très animée. Les guirlandes
ornent les rues, les gens s'affairent autour de soupes populaires,
les pétards fusent et on nous offre gâteaux, boissons et glaces. Nous sommes
gênés de les mobiliser le soir d'une fête qui se célèbre normalement
en famille, mais nos hôtes nous affirment que c'est un plaisir ... Toujours ce sens incroyable de l'hospitalité ! Je ne
sais pas si, en France, nous choisirions le soir de Noël pour
inviter des inconnus ... Pénétrer dans une maison iranienne, permet
de découvrir l'autre face de l'Iran, dans toutes les maisons où nous
sommes allés nous avons constaté que les interdits sont largement
bafoués. Partout nous avons vu des antennes satellites, des jeux de
cartes, des DVD non censurés ... A Téhéran, on nous a même rapporté
que sur un simple coup de téléphone, on peut se faire livrer de
l'alcool en 15 mns ! A l'abri des oreilles indiscrètes, les langues
se délient et visiblement beaucoup d'Iraniens ayant oeuvrés en
faveur de la révolution, regrettent aujourd'hui leur choix. Nombreux
aussi sont les hommes qui souffrent de graves problèmes de santé
suite à la guerre Iran-Irak qui a beaucoup marqué le pays. Le moment
venu d'aller nous coucher, Fakhredine et Hamide ne veulent pas nous
laisser repartir vers Topette, ce serait une offense pour les
parents de Fakhredine, qui habitent à l'étage en dessous, de savoir
que des invités dorment devant leur porte.
Après cet accueil très chaleureux,
il est tant pour nous de quitter Ispahan et nous prenons la
direction des montagnes à la recherche
des Nomades.