Nous étions
prévenus, conduire en Iran, et particulièrement à Téhéran, est
suicidaire. Notre guide de voyage écrit : "même les habitués de
l'Asie jugeront les rues de Téhéran affolantes"… Et en effet,
plus nous approchons de Téhéran, plus la circulation est
complètement désordonnée. Sur l'autoroute, une Paykan (voiture
iranienne des années 70) fait demi-tour à
toute allure sous nos yeux et roule à contre sens ! Et en ville,
traverser les rues relève
de la roulette russe. L'astuce pour ne pas rester des heures sur le
bord à se dire j'y vais, j'y vais pas est de se glisser derrière les
habitués et suivre le mouvement !
Dans la capitale,
voici la règle pour se mettre au diapason: jamais de clignotant, pas
de coup d’œil dans le rétroviseur, on oublie les feux rouges et tant
qu'il reste 1 mm ça passe ! La règle suprême c’est d’oublier toute
courtoisie au volant, je force le passage et je passe. Comment les
Iraniens peuvent-ils être si charmants dans la rue et si discourtois
au volant ?
En cherchant un
endroit pour pauser Topette, nous retrouvons par hasard, Sacha et Vesna. Nous avions croisé ce couple de Slovènes en route vers
l'Australie, en
Croatie au tout début de notre voyage. Nous sympathisons et passons
2 soirées très agréables ensemble. Evidemment, nous avons plein
d’histoires de voyageurs à nous raconter !
Avec l'aide de
Siamak et d'un gardien de banque, tous deux fort sympathiques
(normal ils sont Iraniens), nous
réussissons à trouver la compagnie d'assurance de la personne qui
avait enfoncé Topette. Après deux heures de discussion,
d'explication, de justification et de traduction, nous nous
retrouvons dans le bureau du directeur général de la section
"accidents de la route". Autour d'un thé, de biscuits et de
chocolats, cet homme décide que nous avons droit à un traitement
particulier en tant qu'invités de son pays. Il rédige donc une
lettre afin que le montant qui devait nous être accordé (15 à 30 €)
soit porté à 100 €.
Pendant ce temps,
par 40°, Isabelle essaie de faire l'école aux enfants. Elle devient rapidement l'attraction du parking où les Téhéranais viennent récupérer leur petite liasse de billets après un
accrochage. Inutile de dire que le parking est bondé.
Après avoir
consulté plusieurs garages, le coût de 200 euros nous paraît
exorbitant pour l'Iran. Topette se remettra donc de ses blessures
ultérieurement.
A Téhéran,
notamment dans les quartiers nord, plus aisés, les jeunes filles
s'accordent plus de libertés : chevilles découvertes, vêtements
colorés et foulards prêts à tomber. Cependant, pas de quoi rêver à
une quelconque liberté d'habillement. Nous réalisons quelle chance
nous avons de vivre dans une vraie démocratie où nous pouvons faire
ce que bon nous semble et nous
exprimer librement.
Les capitales ne
sont pas les endroits les plus faciles pour distraire les enfants. Quand il faut en plus régler des problèmes de voiture, les journées
deviennent parfois longues et difficiles. Alors que nous voulions
visiter le musée des joyaux de la couronne, nous nous sommes vus
refuser l'entrée car les enfants de moins de 12 ans ne sont pas
autorisés. Jade qui se faisait une joie de voir tant de bijoux a
fondu en larmes. C'en est trop pour Isabelle qui habituellement
calme, éclate, "ils nous emM... avec tous leurs interdits"!
Demain matin, on s'en va de cette ville polluée qui nous stresse.
Très vite nous
roulons dans le désert de Kavir pour arriver à Kashan. Nous sommes
émerveillés par les
maisons Quadjar, maisons d'anciens riches marchands, toutes bâties
en terre autour d'une cour intérieure. On y trouve généralement un
pavillon d'hiver, un d'été et des
décorations faites avec des vitraux et des incrustations de miroirs.
Après la folie Téhéranaise, nous retrouvons à Kashan un peu de
sérénité.
Pendant
qu'Isabelle consulte nos e-mails, une étudiante,
violon sur l'épaule, m'aborde sur le trottoir pour discuter. Ce fait
est suffisamment rare en Iran pour être souligné. Elle nous invite à
venir voir jouer son professeur de musique traditionnelle. Le lendemain, nous
retrouvons Alie pour visiter le bazar en
sa compagnie, puis une medersa (école religieuse) normalement
interdite aux femmes. Lorsque nous abordons avec elle le port du
tchador elle nous explique que les choses changent mais qu'elle le
porte par respect pour ses parents et ses grands-parents...
Kashan nous aura
aussi permis de faire réparer Topette en une demi journée pour 55 €
... Une somme dérisoire au regard du travail effectué par de
véritables artistes, stupéfiant !