Nous entamons la
longue traversée sud-nord de l’Inde pour rejoindre le Népal à 2700
kms. Nous nous arrêtons quand nous sommes fatigués, cela nous fait
parfois bivouaquer dans des endroits où jamais un touriste ne passe,
la curiosité des Indiens se fait alors plus pesante mais toujours
bienveillante, parfois un peu trop. C’est ainsi qu’un soir, 2
voitures d’hommes armés, habillés en civil, nous ont fait une belle
frayeur. Après quelques minutes de scénario catastrophe, c’est avec
soulagement que nous avons compris que ce n’était que la police qui
tenait absolument à nous emmener dans un endroit plus agréable et
plus convenable pour des étrangers !
Le 1er
avril, les enfants s’occupent une bonne partie du trajet à
confectionner des poissons d’avril et dans la bourgade où nous nous
arrêtons déjeuner, nous lançons une nouvelle mode… Quand nous
repassons devant la gargote où nous avons mangé, le poisson que
Titouan avait perdu est accroché dans le dos du serveur !
Les enfants
s’adaptent aux épices et leur plat favori du moment est le dhal
(soupe de lentilles) accompagné de riz ou de chapatis. Est-ce
réellement le goût ou plutôt le plaisir de manger avec les mains,
« à l’indienne », qui les attirent, on ne sait pas trop. En tous
cas, on ne s’en plaint pas, comme c’est LE plat national, on en
trouve partout.
Nous traversons la campagne indienne,
les maisons sont joliment décorées, avec un style et des couleurs
différentes suivant les régions. Mais toutes ces maisons sont très
sommaires, sans eau ni électricité et nous laissent deviner des
conditions de vie difficiles.
En étant ici depuis plusieurs mois, on
s’habitue à la pauvreté, parfois on ne la voit plus et pourtant…..Il
ne faut pas oublier que 70% de la population Indienne vit en dessous
du seuil de pauvreté. Les travaux dans les champs et sur les routes
sont assurés par les femmes principalement ou parfois par la famille
entière qui se déplace au gré des chantiers et des saisons. Dans ce
cas, inutile de dire que les enfants ne sont pas scolarisés. Leur
salaire quotidien varie entre 20 et 50 roupies par jour soit entre
0,40€ et 1€ selon qu’il s’agisse d’un enfant, d’une femme ou d’un
homme.
Suivant les régions, l’état des routes
est très irrégulier et cela s’explique par la corruption
omniprésente. L’épaisseur de goudron d’une route est proportionnelle
au degré de corruption des décideurs de la région.
C’est ainsi que
nous foulons des routes qui ressemblent plutôt à des champs de mines
où notre moyenne est proche des 20km/h pour passer ensuite sur des
quatre voies dignes de l’ A10. Là on s’emballe, le compteur affiche
90 et soudain un tracteur, un camion ou un bus arrive a contresens,
mais ça peut aussi être une vache ou un troupeau de chèvres qui
traverse. Alors, tu piles et tu te remémores qu’en Inde la règle
d’or c’est « shanti-shanti » (doucement-doucement).
Dans le sud de
l’Inde, l’état du réseau routier étant plutôt bon notre avancée vers
le Népal s’annonce bien, nous décidons donc de couper le voyage par
la visite de 2 parcs nationaux pour tenter de voir des tigres. Que
dalle, la malchance est en nous ! Dans le Parc de Bandhavgarh nous
ne rencontrons pas une personne qui n’en ait pas vus, la plus déçue
d’entre nous reste Isabelle. Ce sont les enfants qui lui remontent
le moral et qui disent « ce n’est pas si grave » !
Dans la plaine du
Gange, nous passons 2 – 3 jours difficiles à supporter les 40 à 45°
à l’intérieur du camion mais les enfants, toujours aussi résistants,
trouvent encore l’énergie de courir. Les nuits sont bienvenues pour
récupérer un peu et trouver de la fraîcheur. Sauf notre dernière
nuit avant la frontière, chaleur, invasion de moustiques (très
malins) et singes sur le toit …
Après 11 jours de
route, c’est fatigués mais satisfaits de ne pas avoir eu le moindre
pépin, que nous arrivons à la frontière Népalaise. Les jeux et les
chants aidant, les enfants se sont bien comportés pendant la route
même s’ils ont souvent exprimé leur ras le bol.