Pour
ne pas trop subir les assauts de la capitale indienne et sa cohue,
nous choisissons un dimanche pour entrer dans Delhi. Nous venons
chercher les parents d’Isabelle qui nous rendent visite pour 3
semaines. Les enfants sont plus qu’excités et nous, heureux de leur
faire découvrir l’Inde.
Avant d’aller les
chercher à l’aéroport en soirée, nous passons l’après-midi avec la
famille Chawla qui nous avait gentiment hébergés lors de notre
passage en 96. C’est émus que nous franchissons le seuil de leur
porte, nous sommes accueillis à bras ouverts et un repas nous attend
alors que nous venons de manger !!! Cet après-midi serait parfait si
nous n’étions pas forcé de constater que notre ami Chawla est fort
mal en point. Il souffre d’une hépatite B et ses forces
s’amenuisent, en nous quittant, la pensée que nous ne le reverrons
peut-être plus plane dans nos têtes.
La nuit tombe et
les enfants commencent à s’impatienter… "Quand est-ce qu’ils
arrivent ?", cette question , nous avons dû l’entendre une bonne
dizaine de fois ! Après la joie des retrouvailles dans un hôtel un
peu miteux, Topette se transforme en minibus et nous partons à la
découverte d’Agra et du Rajasthan.
Le
spectacle des routes indiennes commence ! Tantôt une vache au milieu
de la route, tantôt une voiture en contre sens sur la 4 voies,
tantôt des chameaux tractant une remorque de coton ne rentrant dans
aucune catégorie de convoi exceptionnel, la liste est
interminable... On s’adapte et le côté "tout est permis" nous
permet de sortir de situations parfois scabreuses.
Nous
commençons par satisfaire Christiane, la maman d’isabelle, qui avait
un vieux rêve : celui de voir le Taj Mahal. Sa larme à l’œil
témoigne une émotion profonde. Après 1996, c’est pour nous une
deuxième visite et nous sommes toujours aussi ébahis par tant de
beauté. Nous prenons le temps de l’admirer en savourant la joie
d’avoir permis l’accomplissement d’un rêve.
Maintenant, place
au Rajasthan. Outre ses citadelles du désert et ses villes de
Maharadjas dont la merveille des palais n’est plus à prouver, le
Rajasthan nous ravit les yeux par son désert, ses turbans, ses
femmes parées de lourds bijoux en argent. Elles sont magnifiques ces
femmes revenant de la corvée d’eau avec un ou plusieurs pots en
cuivre en équilibre sur la tête.
Le rythme du
voyage est plus soutenu, les distances sont grandes et les
merveilles à découvrir nombreuses, mais les enfants semblent bien
supporter le changement et dans l’affaire ils gagnent quelques
semaines de vacances car l’heure d’école quotidienne est difficile à
assurer.
Pour Christiane et
Claude, une fois le choc digéré (saleté, pauvreté, circulation,
pollution), le voyage a laissé place à l’ouverture des sens et aux
rencontres. Une semaine après être rentrés en France ils nous
écrivaient:
"Maintenant
nous imaginons davantage votre vie , mais surtout le cadre dans
lequel elle se passe. Ca, nous ne pouvions l'imaginer avant.....
Nous voyons bien aussi qu'en regardant les photos, sans le bruit et
sans les odeurs, ça ne traduit pas la "vraie vie" de là-bas. Il faut
vraiment se plonger dedans pour savoir et quand on y plonge d'un
seul coup c'est un tel choc que l'on ne s'en sort pas comme çà......
Pour ma part, je ne suis encore pas revenue, je passe mes nuits en
Inde (en rêve ou réveillée) et une partie des journées car nous en
parlons beaucoup. Des tas de questions resteront sans réponses et
ces trois semaines ont passé si vite ! Nous avons l'impression
maintenant que c'était un coup de vent et pourtant ..."
Parmi
les rencontres marquantes, il y a celle de Ramesh et des gens qui
l’entourent dans le Shekhawati. Ramesh a créé un éco-lodge où les
énergies renouvelables (solaire), l’écologie et la nourriture
biologique guident l’esprit de ce havre de paix.
Engagé dans la
préservation du patrimoine, sa région natale abrite de nombreuses
havelis (maisons bourgeoises). Richement ornées de peintures et
fresques traditionnelles remarquables, elles sont malheureusement,
pour la plupart, totalement laissées à l’abandon. En déambulant dans
la petite ville de Nawalgarh nous sommes stupéfaits de constater que
les havelis sont si nombreuses mais surtout qu’elles soient en aussi
mauvais état. Leurs propriétaires habitent maintenant Bombay ou
Calcutta et ne se soucient guère de savoir si des affiches sont
collées sur les fresques et si le savoir-faire nécessaire à la
restauration sera encore présent dans quelques années. Avec
Catherine Ripoux, une Française, Ramesh a créé une association, "les
amis du Shekhawati", dont le but est de développer la région et de
sauvegarder ce patrimoine exceptionnel (www.apanidhani.com). Nous avons ensemble évoqué
de possibles synergies avec Calcium et la mise en place d’une action
commune de micro crédits.
Après
avoir bien profité des câlins pendant trois semaines, c'est le temps
des séparations. Mais bien coordonnés, nos amis Stéphanie, Hugues et
Romane (LA copine de Jade et Titouan), arrivent le soir du
départ des grands-parents. La séparation est moins dure, tout du
moins pour nous.
Hugues, c’est lui
qui a écrit nos portraits et Stéphanie, c’est elle qui a fait
l’illustration du site. Donc, comme Hugues a la plume facile voilà
son tout petit petit résumé.
On entend souvent dire : « L’Inde, on
adore ou on déteste ». Qu’une fois catapultés dans ce pays étrange
et étranger, enveloppés par sa densité et sa différence, un
sentiment de rejet ou de fascination se dégage forcément.
Nous, on a vite choisi notre camp.
Celui de l’émerveillement et de la découverte permanente. Ici, le
spectacle est partout : dans la rue et dans les champs, sur les murs
des palais et les façades des échoppes, sur les visages et les
attitudes. On s’immerge, cela semble inépuisable.
Il faut dire aussi qu’en venant
retrouver nos amis voyageurs, notre périple double en intensité et
s’épaissit en bien-être. D’abord parce qu’on est trop heureux de les
revoir, de leur parler et d’échanger. Rien que cela, c’est déjà un
beau voyage. Pour nous et pour les enfants.
Ensuite parce que notre séjour
idéalement préparé et justement rythmé devient évidemment plus
simple. Il ne nous reste plus qu’à ouvrir nos yeux et nos oreilles,
affûter nos papilles (on adore la nourriture indienne), stimuler
notre odorat pour profiter de cette belle promesse qu’est le
Rajasthan. Même si Delhi et son délire constituent une bonne entrée
en matière.
La découverte de l’Inde impose aussi
de croiser une misère patente et parfois omniprésente. Et il faut
donc savoir accepter de passer de la pauvreté extrême au ravissement
extrême.
Enfin, on sait également que ce n’est
pas en quinze jours et la visite d’une région que l’on pourra
comprendre l’Inde et la résumer.
Empreintes du passé, empreintes
d’éléphant, traces de la religion ou traces naturelles, c’est cette
richesse qui guidera nos pas.
Même sur deux semaines, on a pu
tutoyer cette diversité : Udaipur, la ville paisible des Maharadjas,
Jasailmer la cité dorée du désert où l’on passe son temps le nez en
l’air, Pushkar la ville sainte à l’atmosphère si particulière.
De l’Inde, on retiendra aussi les
couleurs : celles des villes justement, celles des saris des femmes
travaillant dans les champs ou sur la voie publique, celles de notre
petit tour dans le désert.
Et aussi le bordel général de la vie
quotidienne où il se passe toujours quelque chose et qui donne envie
de s’arrêter définitivement et de ne faire que regarder.
Et puis le raffinement et la
splendeur des temples et des palais.
Et puis les rickshaws et les vaches
qui emplissent les villes qu’elles soient mégalopoles ou bourgades.
Et puis le plaisir d’un bon repas
indien entre amis dans une pension délicieuse.
Et puis bien sûr la majesté du Taj
Mahal qui se réveille dans la brume.
Et puis…
On vous le disait, c’est inépuisable.
La nuit dans le désert à la belle
étoile, surveillés par les dromadaires, reste gravée dans la mémoire
des petits comme des grands même si le froid aurait pu nous
congeler la cervelle !
Voilà, nous avons
passé Noël en famille et le 31 entre amis, heureux de partager des
moments merveilleux et gâtés par tous nos amis restés dans la neige.
Merci encore.
Le froid, et bien
figurez-vous que nous en avons souffert et pas seulement dans le
désert. Nous nous sommes parfois levés avec 6° à l’intérieur du
camion : gla gla !! On attend alors avec impatience les premiers
rayons de soleil qui commenceront à réchauffer le camion, et encore
enveloppés dans nos couvertures nous mettons l’eau du thé à bouillir
pour gagner quelques degrés.
Comme il fait
froid et que notre maison roule, nous mettons cap au sud pour aller
retrouver un peu de chaleur et ranger les polaires !