La
conduite et l’état des routes se sont pourtant améliorées depuis
nos précédents voyages en Inde, mais ce matin-là, la route Goa -
Hampi, nous ramène 10 ans en arrière. Bloqués à 20 km/h derrière
une file incessante de camions, nous comptons les épaves
laissées sur le bord de la route. Il y en a une, à peu près tous
les 5 Kms ! Titouan trouve que « les chauffeurs sont
complètement fous », il préfère retourner dans son lit pour ne
rien voir !
Hampi,
ancienne capitale d’un des plus grands empires hindous, nous
apparaît sous ses meilleurs atours au coucher du soleil et nous
séduits d’emblée par ses paysages et les ruines de sa ville
sacrée et de sa ville royale. Les enfants, eux, gardent surtout
en mémoire la traversée de la rivière, peu banale, sur un
immense « panier » étanchéifié par une couche de goudron.
Nous faisons maintenant route vers
Bangalore où nous devons rencontrer une famille d’Indiens
connus en 1999 dans le train. Nous avions appris à les connaître
un peu dans leur maison de Cochin et nous sommes très heureux de
les revoir dans leur nouvelle ville.
Nous
n’avons pas pour habitude de rechercher les milieux
francophones, pourtant, en entrant dans Bangalore, nous arrivons
tout droit à l’Alliance Française. Reçus par le directeur, Eric
Rousseau, nous lui posons quelques questions pratiques dont
celle de l’emplacement pour camper avec Topette, à notre grande
surprise et fort sympathiquement, il nous propose de nous
installer dans les superbes jardins de l’Alliance en plein cœur
de la ville, inespéré !
Dès le lendemain matin, nous
faisons notre première intervention dans une classe pour
raconter notre périple.
C’est pour
nous amusant et intéressant de voir la réaction des Indiens face
à notre aventure. Aussi admiratifs que dubitatifs, pour beaucoup
cela semble impossible en parallèle d’une carrière
professionnelle mais nous sentons que ça en interpelle plus
d’un !
Nous allons déjeuner avec Eric
Rousseau et son épouse. Pour eux, l’Inde qu'ils aiment, est "un
pays de paradoxes qui résiste aux analyses trop simplistes à
cause de sa diversité et de sa complexité:
- à la fois une très
grande démocratie et un très grand pays de développement
séparé (apartheid), inégalitaire
- un pays chaotique qui
fonctionne bien et envoie prochainement des vols vers la
lune
- un pays de grande tolérance
et de très grande indifférence aux plus faibles
- un pays sûr, capable
cependant des plus grandes violences
- un pays de grande proximité,
chaleur humaine et de hiérarchie maximale entre les
individus
- une future troisième
puissance économique mondiale, en plein essor, avec une
quantité de pauvres encore inacceptable".
Au retour du
déjeuner, Amrith et Shama (2 étudiantes) nous attendent devant
Topette les bras pleins de cadeaux et nous emmènent visiter
Bangalore avec leur chauffeur… version luxe et climatisée. Nous
rentrons en soirée, vraiment ravis de cette belle journée riche
en rencontres. Les jours qui suivent sont du même tonneau, les
rencontres s’enchaînent…… il nous faut presque un agenda pour
gérer tous les rendez-vous, même la presse s’intéresse à notre
expédition !
Parmi nos
nombreuses rencontres, comment ne pas citer le trio de choc,
Vydia, Pryamvada et Rahul qui travaillent à l’Alliance
Française, avec qui nous avons passé d’excellents longs moments.
La fille de Vidya est venue nous faire une démonstration de
Bharatanatyam, danse classique du sud de l’Inde. Jade l’a
regardée avec beaucoup d’attention et Vydia lui a fait la bonne
surprise le lendemain de l’emmener chez un loueur de costumes de
danses. Elle était comme dans un rêve.
A Bangalore, nous découvrons une
autre Inde, une Inde ultra moderne, l’Inde de demain. Depuis 5
ans, Bangalore, la Silicon Valley indienne, connaît un essor
économique prodigieux. Il existe une classe moyenne avec un fort
pouvoir d’achat qui ne demande qu’à consommer, cela se traduit
par une croissance urbaine de 3,5 % par an, 500 nouvelles
immatriculations par jour, des centre commerciaux dernier cri,
des fast-food, des supermarchés, etc …
Dans les centres commerciaux,
Jade et Titouan s’étonnent : « il y a beaucoup de magasins !
c’est luxe ! c’est un endroit touristique ici ? » Les enseignes
internationales sont toutes présentes, on pourrait presque
oublier que l’on est en Inde. Nous, ça nous donne le cafard,
quand aux enfants, nous devons négocier le dernier tour
d’escalier roulant comme on négocie un dernier tour de manège !
Tout cela nous surprend et nous
laisse interrogatifs sur l’avenir de l’Inde, comment l’Inde va
t-elle gérer un tel contraste avec l’Inde rurale, mais on le
sait, l’Inde n’est pas à un contraste près…