Coordonnées de l'Association :
TERRE
D'ESPOIR - Mairie de BERRIEN - 29690 - Tél / Fax : 02.98.99.02.87
Extrait du bulletin annuel de l'association Terre d'Espoir (N°45 Octobre 2005)
TERRE D’ESPOIR A COLVA- GOA
année 2004 - 2005
Arrivée de Janine et Jean-Louis GAIDDON à
COLVA le 17 novembre 2004
Nous arrivons à Colva le 17 novembre 2004.
Le voyage, cette année, a mal commencé. A Brest on nous demande 420 Euros pour
envoyer nos bagages jusqu'à Bombay. Oui, nous avons l'habitude de charger nos
valises de vêtements pour les enfants. Aujourd'hui c'est 20 kilos par personne,
sinon on paie le supplément. Brest-Paris, nous avons dû payer 20 Euros avant
d'embarquer. A Paris nous déballons nos bagages dans l'aéroport afin d'essayer
de les répartir différemment, mais maintenant nos bagages de cabine sont trop
lourds, 420 Euros Paris-Bombay nous semble énorme et cela grèverait beaucoup
notre
budget de séjour en Inde. Le responsable d'escale de la compagnie Gulf-Air,
devant notre désarroi, accepte de les laisser passer gratuitement en soute, mais
attention au retour ! Bombay-Goa s'effectue sans problèmes.
Nous retrouvons notre logement habituel. La mousson vient de se terminer, toute
la campagne est verte, le travail agricole se remet en route, on
ensemence les rizières, dans deux mois il faudra repiquer le riz.
A notre arrivée nous sommes un peu assommés par le décalage horaire, 6 h 30 du
matin à Colva, 2 h du matin en France. Nous faisons le tour des villages, c'est
l'occasion de renouer le contact, d'apprendre, les maladies, les décès, les
mariages, les naissances, quelles familles ont quitté Colva pour aller plus loin
chercher un travail mieux rémunéré et lesquelles sont arrivées de régions plus
pauvres pour trouver un emploi.
Le plus difficile à notre arrivée à Colva n'est pas notre installation
personnelle mais réinstaller Terre d'Espoir pour les enfants, savoir si nous
pouvons utiliser le même endroit pour le petit déjeuner, voir l'équipe qui le
prépare et le sert, éviter toute augmentation de prix sans raison, prévoir
l'installation des tables et des chaises pour 7 h du matin. L'équipe dort sur
place pour assurer la préparation du thé et la cuisson du ragoût de légumes qui
commence à 20 h jusqu'à 23 h la veille et reprend à 5 h du matin. Avant 7 h, 160
pains sont livrés par le boulanger et les tables et chaises
sont en place. Bien sûr, il serait plus facile d'avoir un local Terre d'Espoir
et d'avoir juste à pousser la porte en arrivant.
Il nous faut aussi prévenir le médecin de notre présence afin qu'il soigne les
enfants que nous lui envoyons, avertir le magasin dans lequel nous nous
fournissons en matériel scolaire. De son coté, il préviendra son grossiste, car
les fournitures que nous payons au jour le jour ne se trouvent pas en assez
grande quantité dans sa boutique à notre arrivée. C'est un trop gros stock, donc
une trop grosse somme
d'argent à avancer. Ce qui ne nous sera pas fourni immédiatement le sera le soir
même après un allerretour du commerçant chez son fournisseur dans la ville
voisine.
Le restaurant qui reçoit entre 13 et 14 h les enfants qui vont régulièrement à
l'école (entre 25 et 30 enfants) doit aussi modifier son programme afin que les
écoliers aient leur repas prêt et leur place réservée.
Muni ayant changé de travail, Selim le remplace. La première semaine Selim
panique un peu, il a peur de ne pas être à la hauteur, il a été un de nos
écoliers pendant plusieurs années et fait maintenant partie de l'organisation !
Il a été scolarisé neuf ans et il parle, lit et écrit l’anglais, ce qui est très
pratique pour nous.
Toute cette organisation doit être rapide, les enfants attendent avec
impatience.
Janine et J-L. GAIDDON
Le Tsunami
Le 26 décembre 2004, après avoir frappé la côte Est, le Tsunami est passé de nuit à Goa, remontant jusqu'à 700 kms aux portes de Bombay. Les dégâts ne furent que matériels. Les premiers temps, le gouvernement Indien refusa toutes aides étrangères, même celles déjà présentes dans le pays. L'Inde nettoyait les plages de ses victimes. Les informations venant du sud étaient filtrées, des volontaires venus de toute l'Inde même des étudiants participaient au nettoyage. Devant l'hécatombe, les corps étaient enterrés dans des fosses communes creusées au tractopelle. Combien sont morts ? Nous ne pouvons répondre et qui pourrait le faire ? Ces gens n'ont jamais été déclarés à leur naissance, seuls les parents et les voisins s'en souviennent. Les bords de mer sont habités par les plus pauvres, on les laisse s'y installer car les propriétaires de bateaux de pêche ont besoin de ces travailleurs corvéables 24 h sur 24 suivant l'heure des marées. Les enfants vivent et courent sur les plages, trient le poisson, ramassent du bois et quelques poissons oubliés, les mères travaillent dans les rizières, les pères sur les bateaux, ces enfants sont au cours de la journée les gardiens de la maison.
Si le Tsunami avait atteint Goa avec la même violence, nous aurions eu
dans notre secteur des centaines de personnes disparues.
A Goa, les Indiens originaires des régions sinistrées, en autre du Tamil Nadu,
se sont organisés pour aider les familles sinistrées. Ils ont récolté du
matériel (eau, vêtements, nourriture) et de l'argent, négocié des camions pour
le transport et se sont chargés d'acheminer le tout dans les villages qu'ils
connaissaient et avec lesquels ils avaient pris contact. Terre d'Espoir a
participé dans la mesure de ses moyens sur place, à hauteur de 700 Euros.
Certaines petites associations françaises ont voulu faire elles-mêmes leurs actions, mais qu'il est difficile, quand on ne connaît pas le terrain et que l'on n'a pas les contacts, de faire au mieux !
Voici deux exemples : Un couple de Grenoble de passage à Goa et en route vers le
Tamil Nadu, avec 10.000 Euros, avait décidé d'offrir des filets aux
pêcheurs sinistrés. Les filets ont été achetés, acheminés et distribués dans un
village mais immédiatement revendus pour acheter de la
nourriture. D'autres ont descendu quelques bateaux achetés dans un état voisin,
les bateaux aussi ont été revendus, il n'y avait pas de filets à bord.
Les pêcheurs de Colva sont restés pendant trois jours à terre, la mer était
noire et extrêmement agitée. “C'est le sang des disparus en mer”, disaient les
enfants.
Au marché, seuls les petits poissons se vendaient, beaucoup étaient persuadés que les gros mangeaient la chair humaine.
L'Inde avait lancé une alerte pour un deuxième Tsunami qui heureusement n'est jamais arrivé. Le 1 er janvier, Goa dansait pour le nouvel an 2005 !!!!
Entre le 26 et le 27 juillet 2005, les pluies de mousson déversent 98,50 centimètres d'eau en 24 heures. 1 000 morts environ à Bhandra au nord de Bombay, le nouveau Bombay comme on l'appelle ! Quartier nord, quartier moderne, immeubles cossus pour les affaires et les grands magasins ! Les pluies de mousson s'ajoutant aux eaux usées sont allées se jeter dans les bidonvilles en contrebas. On avait simplement oublié le tout-à-l'égout pour ces beaux immeubles. Certains de ceux qui n'avaient plus rien après le Tsunami étaient venus à Bombay pour trouver un petit boulot et gagner un peu d'argent afin de reprendre une place dans leur village du Tamil Nadu. Leur vie s'est arrêtée là, loin de leur village et de leur famille. Le malheur s'est rajouté au malheur.
Hussenbi
Dans le dernier bulletin nous vous avons raconté l'histoire de Dolbi éventrée par son frère, vous avez pu voir sa photo, avec ses deux enfants Hussein et Hussenbi, dans la chambre que Terre d'Espoir avait louée pour elle, le temps qu'elle se rétablisse après son hospitalisation. Depuis elle est retournée vivre dans une hutte avec sa famille. Dans le lieu où ils vivent sont regroupées de nombreuses familles et nous n'avons jamais réussi à scolariser un seul des enfants de ces familles.
Pour la première fois, Hussenbi, 5 ans, a commencé l'école à la rentrée scolaire 2004 et a suivi toute l'année scolaire sans jamais manquer un seul jour. Son petit frère Hussein doit normalement l'avoir suivie cette année. Nous espérons que leur exemple donne envie aux autres familles de scolariser leurs enfants.
Dolbi est tellement heureuse de voir Hussenbi aller à l'école, que le jour ou le bulletin scolaire arrive, elle fait le tour des huttes pour le montrer bien qu'aucun de ses voisins ne sache ni lire ni écrire.
Ishoar et sa maladie
Une semaine avant Noël nous apprenons par Manjou, la soeur d'Ishoar que celui-ci est très malade et que malgré les pressions du médecin il refuse de se faire hospitaliser. Nous décidons d'aller le voir et le trouvons effectivement mal en point, très amaigri, jaune comme un citron, caché sous une table recouverte d'une nappe touchant le sol. Nous le faisons sortir de là mais il peut à peine tenir debout. Nous prenons rendez-vous avec le médecin pour avoir de plus amples renseignements, il nous explique qu'il soigne Ishoar depuis plusieurs semaines, qu'il a une hépatite grave et qu'il ne se soigne pas parce qu'il n'a pas les moyens d'acheter les médicaments. L'hospitalisation s'impose le plus rapidement possible car il a commencé à faire des hémorragies. Ishoar a 17 ans, il est déjà marié, et sa femme est enceinte de quatre mois. Nous décidons, s'il accepte de se faire hospitaliser, de prendre en charge tous les frais d'hospitalisation. Le 24 décembre à 5 h de l'après-midi, Ishoar, de plus en plus mal, est hospitalisé en hôpital privé. La prise en charge est rapide et une amélioration se fait sentir après une semaine de traitement, mais les médecins ne se prononcent toujours pas. Jour après jour il a fallu le persuader de rester encore quelques jours de plus. Mais après trois semaines, il a décidé de sortir malgré le pronostic réservé des médecins. Quand nous avons quitté Colva le 15 mars, il était mieux. Nous espérons le retrouver en novembre…
Terre d'Espoir a pris en charge, la chambre, les médicaments ; les visites de médecins, les soins infirmiers, les radios, échographies, analyses de laboratoire, car dans les hôpitaux privés vous devez tout payer, nous devions nous rendre tous les jours à l'hôpital pour payer les médicaments qui sont prescrits au jour le jour.
Dans les hôpitaux publics, l'on doit seulement payer les médicaments, les analyses et les radios, les visites de médecins et les soins infirmiers sont gratuits. Malgré cela, très peu de gens peuvent se faire soigner, les pauvres doivent emprunter ou vendre le peu qu'ils ont pour accéder aux soins. L'accès aux hôpitaux publics prend parfois beaucoup de temps et particulièrement s'ils savent que vous n'avez pas l'argent pour payer.
Nillappa - Premier diplômé de Terre d’Espoir
Il y a dix ans que nous avons envoyé Nillappa pour la première fois à l'école. Avant que nous quittions l'Inde en mars 2004 il avait passé l'examen qui sanctionne les dix premières années d'études et qui permet d'accéder déjà à certains postes dans l'administration. Quand nous sommes arrivés à Colva en novembre dernier, il nous attendait avec impatience pour nous annoncer son succès. C'est notre premier diplômé ! Depuis, il fait du soutien scolaire et de l'alphabétisation aux enfants avec l'association Jan Ugahi, association indienne avec laquelle nous collaborons sur place. De plus, comme il doit participer à l'entretien de la famille, pendant la saison touristique il travaille le soir dans un restaurant. Nous espérons le persuader de continuer ses études.
Les castes en Inde (par Hilda MOAL)
Depuis 3000 ans, l’Inde perpétue son système de
Castes, qui, même s’il évolue au gré des époques, ne
perd rien de son originalité.
La société indienne est constituée de milliers de
castes, les jatis, qui sont autant de groupes
religieux, professionnels ou autres. Cependant, elle
est essentiellement divisée en 4 grandes castes , les Varnas, auxquelles s’ajoutent les
Intouchables.
Ces grandes castes sont strictement hiérarchisées :
1) Les Brâhmanes chargés, à l’origine, plus
particulièrement des devoirs religieux, de la
conservation et de la transmission des textes sacrés.
2) Les Kshatriyas, les guerriers, à qui incombe
l’emploi de la force, la caste des anciens rois.
3) Les Vaishyas, les commerçants, agriculteurs,
banquiers qui se situent dans le domaine de l’argent.
4) Les Shudras, dont le rôle est d’assurer les travaux
manuels.
Au-dessus de ces quatre castes se trouvent
les
Sannyâsins, ceux qui ont embrassé la vie
monastique faite de renonciation, d’abstinence et de
méditation.
Au-dessous de ces quatre castes se trouvent les
Indiens qui ne sont pas jugés dignes d’en faire partie, les Parias
ou Intouchables.
Si le terme “Intouchable” a été aboli en 1950 par la
constitution, les Dalits, comme on les appelle
aujourd’hui continuent à subir la discrimination.
L’accès à la terre leur est refusé, ils doivent accepter
les emplois les plus dégradants.
Depuis des siècles, les intouchables de Paliyad, un
village d’ Ahmadabad, à l’ouest de l’Inde, savent
rester à leur place. Ils ramassent des ordures,
nettoient les toilettes ou travaillent la terre, pour une
poignée de riz par jour et parfois moins.
“Nous devons nous tenir à l’écart des membres des
hautes castes. Cette règle, on l’a apprise en naissant,
lance Rajesh, qui va sur ses 19 ans. Aux éventaires
des marchands de thé, nous avons des tasses à part,
ébréchées et crasseuses, et nous sommes censés
les nettoyer nous-mêmes. Nous devons aller chercher
notre eau à un quart d’heure de marche, parce que les
fontaines du village nous sont interdites. Nous n’avons
pas le droit d’entrer dans les temples ; à l’école, nous
devions nous asseoir à l’extérieur, devant la porte. Les
enfants des castes supérieures ne nous laissaient
même pas toucher leur ballon de foot, on jouait avec
des pierres.”
Plus de 160 millions d’Indiens, soit un sixième de la
population, connaissent une situation similaire.
Pour surmonter ces inégalités, l’Inde a adopté des
mesures de discrimination positive -réservant aux
Dalits des quotas dans le système éducatif, la fonction
publique et la représentation politique- mais ces
mesures n’ont bénéficié qu’à une poignée d’individus.
Si la plus haute fonction du pays, celle du président,
est aujourd’hui occupée par un dalit, cet apartheid
caché se perpétue et toutes les tentatives de remise en
cause de cet ordre social rigide se heurtent à des
flambées de violence et à des représailles
économiques.
Les deux tiers des dalits sont analphabètes. La moitié
sont des journaliers sans terre. 7% seulement ont
accès à une eau potable, à l’élévatrice, à des toilettes.
Et la majorité des 40 millions de travailleurs agricoles
réduits en esclavage pour rembourser leurs dettes
(dont 15 millions d’enfants) sont des dalits.
Aujourd’hui encore, cette ségrégation sert de
couverture à l’exploitation économique. La plupart des
dalits n’ont toujours pas le droit de traverser la
frontière invisible qui sépare leur quartier du reste du
village. Mais rien n’empêche une domestique dalit,
dont l’ombre même pollue, de masser le corps de sa
maîtresse. Des hommes de haute caste ne voient
aucun mal à violer une dalit, ni à fréquenter des
prostituées de basse caste, qui commettraient un
sacrilège en les touchant par accident dans la rue.
Une des principales raisons de la survie de ce système
tient à ce qu’il incarne une notion très hiérarchisée du
bien social, que les castes inférieures elles-mêmes
jugent légitime. De plus, ce système est lié à la religion,
ce qui rend plus difficile son attaque.
Le système des castes, c’est l’apartheid caché de
l’Inde, estime Martin Macwan, coordinateur de la
campagne nationale pour les droits humains des
dalits. Comme le racisme, souligne-t-il, ladiscrimination de caste est “ fondée sur la naissance”.
“Il n’y a qu’une solution : c’est changer les mentalités”.