C’est
formidable en voyage, tu es généralement heureux d’être où tu es et
quand tu prends la route vers un autre pays ou un autre endroit, tu
l’as choisi et tu te retrouves comme un enfant une veille de Noël,
impatient de découvertes.
C’est exactement dans cet état d’esprit que nous revenons au
Pakistan. Notre passage en octobre 2005, lors du terrible
tremblement de terre, nous avait évidemment conduit à annuler toute
avancée vers les provinces du nord que nous allons maintenant
découvrir.
Dès notre arrivée nous percevons tout de suite notre retour en terre
musulmane par l’accueil chaleureux habituel. Dès la frontière,
pendant qu’un douanier effectue nonchalamment nos formalités
d’entrée dans le pays, deux de ses collègues nous offrent une
boisson en taillant la bavette et la discussion se conclut par un
grand « welcome to Pakistan ».
Nous
parcourons quelques kilomètres en direction de Lahore, le long d'un
canal. Il fait une chaleur torride et les Pakistanais viennent en
masse prendre un petit bain. Mais où sont les femmes ? Pas une à
l’horizon. Après l’Inde, le changement est brutal.
Pour nous le retour au Pakistan signifie la découverte de la
mythique Karakoram Highway. Les chaînes du Pamir, de l’Indukush et
du Karakoram sont reliées entre elles pour former une barrière
naturelle entre le sous continent indien, l’Afghanistan, la Chine et
le Tibet. Dans les années 70, la Chine et le Pakistan ont décidé de
créer une route au cœur de ces montagnes infranchissables qui
comptent 2 sommets à plus de 8000m et 10 à plus de 7000m : la
Karakoram Highway (KKH).
Sur un des axes principaux de la Route de la Soie, la KKH relie
Kashgar, en Chine, à Islamabad, au Pakistan, distantes de plus de
800 km. Sa réalisation fut l’un des plus grands chantiers de
l’histoire. De 1966 à 1978, 20000 à 30000 ouvriers ont ouvert cette
voie de communication et 500 personnes y ont laissé leur vie. Nous
le comprenons aisément en progressant au coeur de ces montagnes
réellement impressionnantes. Aujourd’hui, les somptueux
camions Pakistanais, décorés comme des sapins de Noël, remplacent
les caravanes de yacks d’antan et assurent les échanges entre les
deux pays stratégiquement unis sous l'oeil attentif de l’Inde. Face
à cette nature on se sent minuscule. Le relief ici est à l’image du
pays : dur mais les paysages sont majestueux.