La
vallée de Hunza constitue pour nous le centre d’intérêt de la KKH
tellement tout y est différent du reste du Pakistan, paraît-il. A
cet endroit, à 150 km de la Chine, les plus hauts sommets dominent
la route avec au pied la rivière Hunza qui parfois s’engouffre entre
les rochers avec un débit à faire pâlir les meilleurs kayakistes.
Les glaciers et les sommets enneigés tissent notre toile de fond
lorsque Topette monte péniblement les cols en crachant une fumée
noire due à l’altitude.
On
se demande comment les autochtones, les Hunzakuts, ont bien pu
survivre et créer leur mode de vie tellement le relief et l’aridité
des montagnes sont inhospitaliers. L’eau ne manque pas et un
ingénieux système d’irrigation a permis de cultiver des parcelles de
terre délimitées par des murets de pierres tout droit écroulées des
sommets. Les pentes sont tellement abruptes que Hunza est aussi
connue sous le nom de la vallée aux jardins suspendus. Les champs de
blé, de pomme de terre et les arbres fruitiers sont ombragés par des
peupliers et des saules pleureurs, on se croirait presque dans notre
marais poitevin (relief mis à part bien sûr)! Parmi les fruits,
l’abricot constitue l’or orange de la région.
Par
chance, nous arrivons pendant la récolte et nous nous posons au
Rakaposhi camping : un petit paradis. Un terrain ombragé par une
multitude d’abricotiers bien garnis et une vue somptueuse sur le
Rakaposhi qui pointe à 7788 m couvert de neige éternelle. Aussitôt
arrivés, les enfants grimpent sur le toit de Topette pour commencer
la cueillette puis l’orgie commence… Et comme nous avons appris
qu’ici, rien ne se perd, les enfants éclatent les noyaux pour en
extraire l’amande, un régal. Hummm, j’en vois déjà qui salivent…
Au cœur de cette vallée, un système social totalement différent du
reste du Pakistan est en place : l’islam ismaélite en est à
l’origine. L’ouverture, la tolérance, l’hospitalité et l’éducation
sont les maîtres mots. Le prince Aga Khan, leur chef spirituel, qui
vit entre Paris et Lausanne, finance une quantité importante de
programmes de santé, d’éducation et d’agriculture. Il a précisé à de
maintes reprises que l’éducation était prioritaire pour les femmes.
Si une famille ne peut pas envoyer tout ses enfants à l’école, il
faut privilégier les filles, les hommes pourront toujours du travail
plus facilement.
Dans
cette vallée, nombreuses sont les femmes qui ne portent pas le
voile. Les plus âgées portent le chapeau traditionnel sur deux
longues tresses qui leur donnent un air de jeune fille. Certaines
nous donnent des poignées de main à côté de leurs maris, sans
barbes, ce qui paraît inconcevable dans le reste du Pakistan, à
l’exception des grandes villes. En dehors de Hunza, les femmes sont
totalement absentes de la société, en traversant les villages, nous
jouons d’ailleurs au « premier qui voit une femme » ! Il n’y a pas
souvent de gagnant …
Pour
nous, ce séjour dans la vallée de Hunza est également l’occasion de
belles randonnées. A la recherche de sculptures bouddhiques gravées
dans la montagne, nous goûtons à l’hospitalité légendaire de la
région. En demandant notre route, nous nous retrouvons rapidement
assis dans une maison où le professeur du village nous rejoint pour
faire l’interprète en dégustant le thé, les biscuits et tous les
fruits du jardin. Encore une belle leçon de vie !
Une
semaine plus tard, à Passu, après 4 heures de marche, nous arrivons
à un magnifique lac d’altitude tout bleu où après un riz accompagné
d’un curry de légumes, nous plongeons tout droit dans l’eau
translucide. Isabelle ne fait que nous regarder, eh oui c’est une
femme, il ne faut tout de même pas trop provoquer. Dans ces pays il
faut avoir le sens du sacrifice !
Le lendemain, accompagné d’un guide, nous marchons vers le glacier
de Passu pour le plus grand bonheur des enfants. La grande question
de Jade est : « le blanc que nous voyons là-haut , c’est de la glace
ou de la neige toute molle ? ». Malheureusement, la glace a rendu
impossible toute bataille de boules de neige. Après 4 heures de
marche et un retour difficile sur des pentes abruptes et glissantes,
Jade finit exténuée sur le dos du guide pendant que Titouan termine
avec l’envie d’escalader les montagnes de glace.
Notre séjour dans cette belle vallée s’achève, il ne
fait aucun doute que les Hunzakuts vivent de façon beaucoup plus
paisible et harmonieuse que partout ailleurs au Pakistan ; à part
peut-être chez les Kalashs.